Devenir bilingue en anglais, est-ce possible ?

Dans cet article, abordons un sujet polémique : que signifie, au juste, “devenir bilingue en anglais” ? La réponse risque de ne pas plaire à tout le monde, mais qu’importe : il est essentiel de saisir la différence entre “niveau courant” et “niveau bilingue” pour ne pas vous retrouver en fâcheuse posture face à un recruteur.
Par exemple.

Malheureusement, Internet regorge de promesses trompeuses, du style “devenir bilingue en anglais en un mois”, qui ne font qu’entretenir la confusion. Une mise au point s’impose.

comment parler anglais facilement ?

“Bilingue”, un mot vidé de son sens

Pour commencer, laissez-moi vous raconter une anecdote. Il y a quelques années, pendant mes études, nous avions reçu la visite d’une experte en recrutement, venue nous expliquer comment augmenter nos chances de trouver un emploi. À un moment est arrivée la question des langues, souvent très mal présentées sur les CV.

L’intervenante nous a tout d’abord demandé de lever la main si nous pensions avoir un niveau courant en anglais. C’est ce que j’ai fait, car je me retrouvais dans ce terme.
Puis elle nous a demandé de lever la main à nouveau si nous pensions avoir un niveau bilingue. Un quart des étudiants a levé la main, mais j’ai gardé la mienne posée sur la table.

Un peu surprise, l’intervenante en a profité pour nous donner son point de vue. Pour avoir un niveau bilingue en anglais, il fallait selon elle l’avoir comme langue maternelle ou sinon avoir passé une grande partie de sa vie dans un pays anglophone, au point d’atteindre une maîtrise tout à fait équivalente à celle du français.

Puis elle a redemandé qui avait un niveau bilingue anglais. Seul un élève a alors levé la main

Can et could en anglais (les modaux)

Une maîtrise de l’anglais généralement surévaluée

La leçon à retenir de cette anecdote ? Peu de personnes connaissent la différence entre les termes “courant” et “bilingue” et beaucoup de Français / francophones ont tendance à surestimer leur niveau d’anglais. Ils pensent généralement être bilingues alors qu’ils ont au mieux un niveau courant, au pire un niveau intermédiaire.

Nous l’avons vu dans un précédent article, savoir déterminer votre niveau en anglais est essentiel. C’est une garantie pour bien communiquer dessus et éviter les impairs, par exemple face à un recruteur.

Imaginez la situation suivante : vous postulez à une offre d’emploi pour laquelle un niveau bilingue anglais est exigé. Vous réussissez à décrocher un entretien (félicitations !) et là, votre examinateur vous propose d’évaluer vos compétences.
Après un test ou une conversation en anglais, le recruteur vous coupe et vous annonce que vous n’êtes pas bilingue et donc pas adapté au poste. Plutôt gênant, n’est-ce pas ?

Le résultat est sans appel : vous lui avez fait perdre son temps et vous avez perdu le vôtre. Vous ressortez de l’entretien avec la sensation désagréable de vous être trompé sur toute la ligne. Votre niveau d’anglais n’était finalement pas si bon, tout est à refaire.

Il n’est évidemment pas nécessaire d’en venir à une telle conclusion. Mais comprendre ce que signifie “bilingue en anglais” vous évitera bien des mésaventures à l’avenir.

“Niveau courant” et “niveau bilingue” : ce que cela veut dire

Comme nous parlons d’anglais, profitons-en pour adopter la classification anglophone, plus précise sur les termes que celle que nous avons en français. Il existe une différence nette entre niveau fluent (courant) et billingual (bilingue), qu’il est important de connaître pour rédiger un CV de qualité.

Parler couramment anglais, pour vous exprimer au quotidien facilement

Commençons par le niveau courant, que les anglophones nomment fluent. Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas de parler parfaitement anglais ni de connaître les plus fines nuances de la langue, simplement de vous débrouiller  dans toutes les situations du quotidien, personnel comme professionnel.

Sur l’échelle du CECR, un bon B2 suffit pour prétendre à un niveau courant. Atteindre ce degré de maîtrise représente déjà des années de travail, donc pas de quoi rougir !

Concrètement, parler couramment anglais vous permet de faire les choses suivantes :

  • Vous comprenez sans difficulté des films, actualités ou conférences dans une langue standard, même si le sujet est relativement complexe ;
  • Vous êtes capable de lire un roman contemporain ou encore des articles de journaux portant sur des questions contemporaines ;
  • La communication avec un locuteur natif n’est pas un obstacle, que ce soit à l’oral ou à l’écrit, par exemple pour prendre part à des conversations portant sur des sujets de la vie courante ou défendre votre opinion ;
  • Vous vous exprimez sans problème sur des sujets relatifs à l’actualité ou à vos centres d’intérêt ;
  • Vous pouvez écrire des textes clairs, tant dans le domaine personnel que professionnel, comme des e-mails ou des rapports.

En d’autres termes, vous pouvez vivre une vie normale dans un pays anglophone et même y travailler. Vous devrez en revanche éviter les situations demandant de maîtriser un anglais très précis et nuancé.

vocabulaire famille anglais

Être bilingue en anglais, comme un locuteur natif (native speaker)

Le niveau bilingue correspond à un degré de maîtrise quasiment équivalent à celui d’un locuteur natif de l’anglais, c’est-à-dire d’une personne dont c’est la langue maternelle.

Ce qu’il est important de saisir, c’est que peu de personnes atteignent réellement un niveau bilingue dans une langue étrangère. Cela implique par exemple d’habiter et de travailler dans le pays pendant de longues années ou de vivre avec un ou une anglophone.

A titre d’exemple, un Français ayant épousé une Anglaise et vécu à Londres pendant quinze ans pourra certainement se dire bilingue. A l’inverse, un Français vivant en France et utilisant l’anglais pour son travail ne sera pas forcément bilingue, même s’il a un niveau honorable.

Toujours sur l’échelle du CECR, un niveau bilingue correspondra donc à un (excellent) niveau C2 et vous permettra de faire les choses suivantes :

  • Vous comprenez la langue orale sans difficulté, dans les médias ou lors d’une conversation, même si les locuteurs parlent vite. Seuls certains accents vous demanderont un (petit) temps d’adaptation ;
  • Vous pouvez lire des textes même abstraits ou complexes, qu’il s’agisse de littérature ou d’une documentation technique ;
  • Vous pouvez prendre la parole dans n’importe quelle situation, en utilisant de fines nuances ou des tournures idiomatiques. Même en cas d’hésitation de votre part, cela ne ralentit pas le rythme de la conversation ;
  • Donner une présentation claire et détaillée sur n’importe quel sujet, par exemple une conférence, n’est pas un problème pour vous ;
  • Vous écrivez des textes fluides et adaptés aux circonstances, qu’il s’agisse de rapports, d’articles ou de critiques d’œuvres littéraires ;

Autrement dit, pour affirmer être bilingue en anglais, vous aurez besoin d’avoir le niveau d’un locuteur natif éduqué. Pourquoi insister sur ce point ? Parce que si vous visez un emploi exigeant un niveau bilingue, vous aurez besoin d’apparaître comme un professionnel.

La nuance à saisir absolument

Vous l’aurez compris, même si les mots “courant” et “bilingue” sont souvent utilisés à tort de manière interchangeable, ils recouvrent des réalités très différentes. D’où la nécessité de bien saisir une nuance en apparence anodine, en réalité fondamentale.

D’un côté, vous avez un niveau qui vous permet de vous débrouiller sans problème avec l’anglais du quotidien. De l’autre, une maîtrise quasi parfaite de la langue, que vous parlez presque aussi bien que votre français natal.

Entre les deux, des années de pratique pour peaufiner votre anglais dans les moindres détails.

A priori, cela donne le vertige, mais rassurez-vous. J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer : pour vivre et travailler dans un pays anglophone, un niveau courant suffit amplement. Être bilingue en anglais n’a rien d’obligatoire.

apprendre l'anglais

Devenir bilingue en anglais, plus qu’un objectif, un choix de vie

Ce qu’il est important de comprendre ici, c’est que devenir bilingue en anglais n’a rien d’impossible. En revanche, c’est un choix à faire, à savoir celui d’intégrer l’anglais au cœur de votre vie.

Pas seulement apprendre cette langue, mais l’utiliser au quotidien, sur le long terme. Par exemple en vous expatriant plusieurs années dans un pays anglophone, en partageant la vie d’un locuteur ou d’une locutrice, en vous investissant dans des projets locaux…

Bref, rien d’insurmontable en soi, mais on est loin des listes arides de verbes irréguliers ou des règles de l’usage des temps.

Donc à vous de voir si le jeu en vaut la chandelle…

À titre personnel, je pense pouvoir sans problème prétendre à un niveau C2 en anglais, que je parle couramment, mais je ne pense pas être “parfaitement” bilingue. Pourtant, cela ne m’empêche pas de comprendre et de me faire comprendre sans entrave dans cette langue.

Bien comprendre ce que l’on attend de vous

De manière générale, personne ne vous en voudra si vous n’êtes pas strictement bilingue en anglais. Au quotidien, cela ne changera absolument rien si vous parlez déjà couramment cette langue.

En revanche, la situation sera radicalement différente dans le monde du travail. En fonction du poste que vous visez, un niveau précis sera attendu. Problème : les recruteurs ont souvent une idée très vague des niveaux de langue.

Parfois, on attendra de vous que vous soyez vraiment bilingue, par exemple pour mener des négociations commerciales de haut vol ou pour rédiger des textes de droit demandant une maîtrise parfaite de l’anglais.

Par contre, il arrive aussi que, là où un niveau bilingue est demandé, un simple niveau courant suffise.

Pour y voir plus clair, étudiez bien l’annonce et demandez-vous si les missions qui vous sont proposées correspondent à votre niveau. Si le doute persiste, vous pouvez toujours envoyer un e-mail à l’entreprise. De cette manière, vous saurez ce qu’on attend de vous et vous pourrez plus facilement mettre en avant vos compétences linguistiques lors de l’entretien d’embauche.

Et si je veux vraiment devenir bilingue en anglais ?

Nous l’avons vu, atteindre un bilinguisme parfait n’est ni facile, ni forcément nécessaire. Pourtant, il peut être intéressant de vous en rapprocher le plus possible pour atteindre un haut degré de maîtrise. Ne serait-ce par rapport à vos exigences envers vous-même.

Tout d’abord, acceptez que ce projet vous prenne des années. Oubliez les programmes du type “Devenez bilingue en anglais en deux semaines” qui pullulent sur le net, ils sont mensongers et ne vous mèneront nulle part. L’anglais n’est pas une langue plus facile qu’une autre, un relativement long (mais passionnant) voyage vous attend !
Ensuite, votre objectif sera de dépasser le simple cadre de l’apprentissage “scolaire”, pour atteindre celui de l’assimilation intuitive, en contexte. Inutile de griller les étapes, il vous faudra au moins un niveau C1 avant d’entreprendre cette démarche.

lettre de l'alphabet anglais

Pratiquez l’anglais comme si c’était votre langue maternelle

C’est sans doute le secret pour atteindre un niveau courant à bilingue dans une langue : la pratiquer comme si c’était la vôtre. Alors faites-vous plaisir et, surtout, parlez avec un maximum de monde. Vous ne trouverez pas de moyen plus agréable et efficace de progresser, croyez-moi !

Autre initiative qui enrichira considérablement votre anglais : un séjour prolongé dans un pays anglophone. Pour que ce dernier soit aussi fructueux que possible, créez-vous un cercle social sur place. Surtout, ne faites pas comme ces expatriés français qui restent entre eux et finissent par ne parler que… français. Ce bain d’immersion vous habituera à entendre et à pratiquer un anglais de la vie de tous les jours, moins formel que celui des méthodes et autres ressources pour débutants.

Dans ces conditions, vous mettrez l’anglais au cœur de votre vie, vous vous créerez ainsi un besoin de l’utiliser au quotidien. Résultat : vous progresserez sans même vous en rendre compte.

Attention cependant : travailler avec l’anglais ne suffit pas. J’ai rencontré de nombreux apprenants qui utilisaient sans difficulté cette langue sur leur lieu de travail, mais qui étaient complètement démunis le reste du temps. Gardez toujours à l’esprit que le jargon anglophone que vous utilisez pour votre métier est très différent de l’anglais du quotidien.

Passer de courant à bilingue : prêt à relever
le défi ?

Grâce à cet article, vous ne confondrez plus ces deux termes, en apparence proches, mais en réalité bien différents. Si vous souhaitez travailler avec l’anglais, vous serez capable de montrer que vous connaissez votre niveau et ce que vous serez en mesure d’apporter, une qualité qui sera toujours appréciée.

Pour conclure, si parler anglais couramment n’est pas si difficile, devenir parfaitement bilingue est une autre paire de manches. Donc à vous de voir si cet objectif est pertinent, en fonction de vos projets personnels et professionnels. Je vous souhaite bon courage dans ce long, mais fascinant voyage vers le bilinguisme.

expression anglaise

4 commentairesLaisser un commentaire

  • Je sais que je marque toujours niveau intermédiaire en anglais. Le lire est très simple (car étant parolier à mes heures perdues, je traduit très vite des textes) et je comprends l’anglais parlé dans les séries (si c’est pas trop rapide et parfois encore avec sous-titre)… Pourtant on me dit que j’ai un niveau très bon mais je ne préfère pas me surestimer… A la vue des conjugaisons anglaises, j’ai du mal encore à trouver mes phrases en parlant (en même temps, je n’ai jamais voyagé et parfois je parle par correspondance.)

    De ce que j’ai retenu de mes cours, un niveau B2 est un niveau d’anglais courant, on peut vivre en Angleterre et Amérique sans grande difficulté, un niveau C1 est accessible si l’on est spécialisé dans un domaine particulier (si on s’y connait en aérodynamisme et qu’en anglais, c’est simple…) Je pars du principe qu’une langue, même maternelle n’est jamais totalement acquise car il existe tellement de vocabulaire, tournure de phrases et j’en passe.

    Le mieux est de l’apprendre avec plaisir, quitte à faire des petites erreurs, les comprendre et ne plus en faire.

    J’apprends le norvégien et réapprends l’italien, juste pour le plaisir. Car les exigences en France au niveau des langues ainsi que la façon de présenter les langues poussent les élèves à avoir peur de faire des erreurs, c’est ce qui est dommage d’ailleurs !

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